Gérard Lardeur est né en 1931. Il est décédé le 18 décembre 2002, quelques mois après avoir achevé les vitraux de Saint-Sauveur. Grand artiste, grand humaniste, les éloges ne manquent pas chez ceux qui l’ont connu. Le maire de Saint-Sauveur, Jean-François Kerbrat, se plaît à évoquer sa grande modestie et son grand cœur. De prime abord, il paraissait impensable qu’une petite commune puisse s’offrir les services d’un verrier aussi renommé... sauf que Gérard Lardeur se contenta de facturer les matériaux et effectua son travail gratuitement ! Une contribution inestimable à l’élan de générosité qui a engendré la renaissance de l’église.

Ses vitraux sont non-figuratifs, un défi dans une église du XVIIe siècle. L’artiste intègre des éléments métalliques dans ses œuvres pour leur donner du relief. Il en résulte des vitraux abstraits qui donnent libre cours aux commentaires.
Voici celui du Père Claude Chapalain, qui fut autrefois recteur de Saint-Sauveur.

 

 

L’œuvre grandit avec celui qui la lit

A ma connaissance, l’église de la paroisse Saint-Sauveur est la seule où l’ensemble des vitraux a été réalisé par Gérard Lardeur.

 

J’ai eu le grand plaisir d’échanger longuement avec lui, dans l’église, au lendemain de l’inauguration. “Les interprétations sont libres et multiples”, comme disait M. le Maire. Cependant, avant d’interpréter il est nécessaire d’analyser et de repérer la structure de l’œuvre.

 

Dans notre échange, j’ai commencé par lui proposer l’ordre de lecture (voir numérotation), ajoutant que les deux vitraux du chœur étaient comme deux virgules, portant le reflet des vitraux de la nef.
Il m’a répondu : « Oui, c’est assez clair ».

 

Enhardi, je lui ai dit qu’on pouvait voir :

> dans le (1) la mise en place d’un échafaudage,
> en (2) une première présentation de l’œuvre réalisée avec un grand blanc au cœur de l‘œuvre comme un vide, une question.
> en (3) et en (4) une recherche pour éclairer cette question, combler ce vide.
> en (5) une expression de l’accomplissement de l’œuvre.

 

Mon étonnement a été énorme quand il m’a répondu : « C’est évident », ajoutant que les deux vitraux (3) et (4) étaient très importants dans la mesure où le décrochement de la structure créait un mouvement permanent selon le mouvement du soleil au long des jours et des saisons.
Devant ma surprise, Maître Lardeur m’a répondu : « Tout créateur cherche dans son œuvre son accomplissement. » A partir de cette réflexion, chacun peut s’engager dans les interprétations, « elles sont libres et multiples »

 

Encouragé par notre échange, je lui propose une interprétation en cohérence avec une lecture biblique et avec le lieu :
> en (1) le monde en création,
> en (2) avec le vide, les pourquoi de ce monde,
> en (3) et en (4) une recherche quotidienne avec des éclairages mouvants pour répondre à cette question, dans le langage biblique, la loi et les prophètes,
> en (5) l’accomplissement de la création avec la venue de Celui qui est venu “accomplir la loi et les prophètes”.
Il m’a répondu disant : « Si on peut faire une telle interprétation j’en suis ravi. »
Notre conversation s’est poursuivie dans un échange sur la structure des rosaces dans les églises gothiques.

 

Peut-être, des spécialistes pourront s’inspirer de cette œuvre de Saint Sauveur pour analyser et interpréter les œuvres de Gérard Lardeur.